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Rouskoff
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A la recherche de Rouskoff...
Un personnage de la 62-1A

En ces tout premiers jours de l'année 1962, le “Ville d'Alger” roulait et tanguait, chargé de plusieurs centaines de jeunes gens, effectuant sa énième traversée vers l'A.F.N (ndlr : Afrique Française du Nord).

JCRoux_Perm

Après une nuit de train, une autre sur les bas flancs du camp de Ste-Marthe dans la paille, la crasse et les rats... le petit groupe auquel j'appartenais n'était pas reluisant... Tout le groupe ? Non ! Il en était un parmi nous qui, au milieu des plats de lentilles renversés, des rejets divers et nauséabonds, promenait derrière de grosses lunettes un regard incrédule et navré, en engloutissant d'énormes sandwichs. Surprenant et véridique !

C'est ainsi que, le coeur aux lèvres, entre deux courses vers le bastingage, je découvris ce gars au torse puissant, serré dans une capote un peu longue, qui se nommait Jean-Claude R... Une telle décontraction faisait des envieux et même des jaloux ! Déjà JC se distinguait des autres... Mais là où la distinction s'accentua, c'est à notre arrivée à Alger ! A peine assis, serré sur les banquettes des Simca, JC se sentit mal et fut pris de nausées et de renvois, dont il souffrit pendant plus d'une semaine sous le regard incrédule, même pas navré et même amusé du groupe ! On n'imaginait pas que ce gars bizarre, par la suite, nous amuserait bien et laisserait à tous quelques souvenirs inoubliables.

Pour les quelques bidasses qui se promène sur le « site » et qui ont eu la chance (!!!) de le côtoyer, je vais m'efforcer de rafraîchir des mémoires peut-être un peu défaillantes (c'était il y a 45 ans !) et vous conter quelques anecdotes, amusantes pour ceux qui n'étaient pas là. J'emploie le passé, bien sûr, en espérant que Jean-Claude lira ces lignes et nous donnera signes de vie. Nous sommes plusieurs à le rechercher, espérant qu'il a toujours la même joie de vivre et le même comportement décontracté.

C'est parti pour une plongée, en apnée, dans le passé.

Jean-Claude était, à nos yeux de provinciaux, un pur « titi parisien », avec toutes les facettes d'un personnage décrit dans les livres. Cependant, nuance ! Papa gérait un salon de coiffure pour dames, dans les beaux quartiers... St-Honoré, je crois...

Nous venons de parler de coiffure. Eh bien, figurez-vous qu'après la douche, au milieu des « bestiasses » plus ou moins velues, Jean-Claude sortait une espèce de filet qu'il disposait délicatement sur sa chevelure au préalable soigneusement peignée, et, grâce à un séchoir électrique, s'établissait une mise en plis parfaite, sous le regard stupéfait de ses voisins. Que je sache il n'eut jamais à relever une quelconque remarque désobligeante. Peut-être... que... vu son torse imposant... . Jean-Claude, as-tu toujours ta belle tignasse ? La mienne, mal soignée peut-être, m'a quitté depuis longtemps !

JCRoux_PiscineJe viens d'évoquer pour la seconde fois la musculature de JC, dit « Rouskoff ». Pourquoi Rouskoff ? Mystère des surnoms, je n'en sais fichtre rien. Par commodité je ne le nommerai maintenant que par son surnom. Mais revenons au physique de notre lanceur de marteau. Il était surprenant, le physique, et même le lanceur. « Rouskoff, fais-nous les petites ailes ». C'est ainsi que H..., un lanceur de javelot, lui demandait de poser. Élevant les bras, Rouskoff déployait des dorsaux à l'envergure impressionnante. L'ennui, c'est que cette musculature, travaillée depuis longtemps, avait pour lui un point faible. Malgré des perfs super en squat, il avait des petits mollets, dont les dimensions fort modestes, effectivement, le désespéraient.

Il se lamentait souvent sur cette disgrâce, toute relative. Compatissants et moqueurs, nous lui conseillions de placer sa barre à disque dans le coffre de sa Floride Renault (eh oui ! il avait les moyens) et d'effectuer des squats à 200 kg au feu rouge, afin de répondre aux différentes réflexions, qu'il n'a d'ailleurs jamais entendues, et les éclats de rire secouaient la chambrée.

Rouskoff l'amuseur, oui, mais l'amuseur avec une certaine distinction pleine de retenue. Il appartenait au sélect Racing Club de France (of course), avait été international junior contre l'Italie et nous chantait souvent l'hymne Italien, perdu dans ses souvenirs.

La musculation n'avait plus guère de secrets pour lui et c'est lui qui m'en a appris les bases, en l'imitant, m'initiant aux relais triceps ! Séries de 10, de x kg, répétées 10 fois, jusqu'à ce que l'un de nous deux, les bras en feu, se déclare battu. Mais rapidement, son imagination le débordait et saisissant deux charges de 20kg qu'il plaçait aux extrémités d'un banc de musculation sur lequel il s'allongeait, il mimait un gosse aplati sur sa pétarelle, pétaradante à qui mieux mieux, et s'amusait, en gardant un sérieux magistral, du regard ébahi du directeur de la salle, qui le connaissait bien, et des haltérophiles en plein effort !

Rouskoff avait plein de « talents de société » ; outre ses imitations de motard en herbe, il pouvait chanter, jouer, la Marseillaise en tapant dans ses mains incurvées devant la bouche plus ou moins ouverte. Toujours à l'aide de ses mains, il imitait le bruit de l'arrivée, du passage et de l'éloignement du train. D'ailleurs, ses talents d'amuseur furent vite connus et je crois savoir qu'il fut réquisitionné pour animer le repas de Noël 1962 au mess des officiers et qu'il fut à la hauteur de sa réputation naissante. D'autres ont fait carrière avec moins de talent.

« Et c'est un militaire du contingent qui gagne... la corvée de chiottes! ». C'est en imitant les bateleurs de nos foires provinciales ou ceux de la Foire du Trône que, moqueur, souriant et hurlant dans le couloir il venait annoncer la corvée du jour « la corvée de chiottes » remplaçant le « kilo de sucre » ou « la tringle à rideaux ».

Sacré Rouskoff, l'expression nous est restée en mémoire : « Et c'est un militaire qui... etc. ».

J'ai eu la faiblesse et le plaisir d'être son complice dans différents gags. Il m'en vient un à l'esprit qui nous amusait beaucoup quand on observait la tête des témoins. Rouskoff se plaçait seul devant la section réunie au milieu de l'immense cour, j'arrivais derrière lui et après lui avoir pincé le nez partais en courant mimant un nez transformé en un immense élastique. Rouskoff, penché en avant, hurlait de douleur et moi, à vingt mètres de lui, tirais, tirais toujours. Quand tout le monde avait saisi la situation je lâchais le « nez » élastique que son propriétaire faisait mine de recevoir en tombant sur les fesses. Le fois suivante, peu enclin à se laisser tirer le nez, il faisait mine de couper l'élastique et c'était à moi de me frotter les doigts de douleur.

JCRoux_PianoIdiot, loufoque, mais l'air ahuri des autres nous amusait, il fallait peu de choses me direz-vous... et après les angoisses d'Algérie, on avait des excuses. Dans le même genre, au retour de l'I.N.S, où l'on était censé s'entraîner... que de temps perdu ! Quel manque d'organisation ! Mais c'est un autre problème. Donc en fin d'après-midi, le grand mélomane entrait en action. Amoureux de musique classique (eh oui !) un transistor caché sous le radiateur dans le couloir, captant France Musique, c'était un récital d'orgues et de trompette inondant le préfabriqué et nous permettant d'admirer sa dextérité au clavier en fonte.

Depuis juin 1963 (libération du SM) je n'ai revu qu'une fois Rouskoff : de retour de vacances, au volant d'une Alpine de « chez Renault » (c'était son expression), on a cassé la croûte ensemble. J'étais jeune marié. J'ai dû recevoir une ou deux lettres, il avait rencontré « une fille bien », et puis, la vie, le temps qui passe et nous éloigne de plus en plus, et puis plus rien. On reporte à plus tard...

Christian Larcher fait des pieds et des mains pour retrouver Rouskoff, moi aussi, mais on commence à désespérer, peut-être passe-t-il tout près dans ma Vallée du Rhône ?

Merci de m'avoir lu jusqu'ici, merci à Lucien pour son travail sur le site qui nous rapproche. Mais le temps passe vite et je pense à René qui n'est plus des nôtres depuis le 10 mai 2007... pour quelques jours nous n'avons pu lui témoigner toute notre sympathie.

Christian Orjas.

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Version lundi 7 février 2011